Les deux chocs internationaux simultanés, soit les tensions commerciales et le conflit en Iran, rappellent à quel point la résilience économique passe autant par la diversification des marchés que par la capacité d’attirer et de retenir les talents qualifiés, surtout dans une région où la marge de manœuvre sur le marché du travail est mince. – Carl Viel, PDG, Québec International
Faits saillants – Mars 2026

Conflit international : le marché du travail face à un test de résilience
Alors le marché du travail évolue déjà avec très peu de marges de manœuvre, les tensions géopolitiques, dont le conflit en Iran, constituent un facteur de vulnérabilité supplémentaire. Bien que leurs effets directs ne soient pas encore visibles dans les données globales, certains ajustements sectoriels récents, notamment les pertes observées selon les données non désaisonnalisées dans le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques sur un an, soulignent une exposition accrue à d’éventuels chocs externes.
Effectivement, la diversification de l’économie régionale joue un rôle d’amortisseur et de réel rempart contre l’incertitude, permettant de compenser les replis conjoncturels d’un secteur par la résilience d’un autre, soit à l’image d’un portefeuille bien réparti. Or, cet équilibre est désormais plus fragile alors que plusieurs secteurs traditionnellement stabilisateurs se trouvent aujourd’hui exposés simultanément à des pressions externes, tandis que le secteur public, souvent un levier stabilisateur, est lui‑même en phase de contraction.
Analyse
Marché du travail sous pression et taux d’emploi au sommet canadien
Selon l’Enquête sur la population active (EPA) publiée par Statistique Canada, le marché du travail se resserre encore en mars 2026 alors que le taux de chômage recule à 2,6 % (-0,1 point de pourcentage [p.d.p.]) et demeure le plus bas au pays, devant Saguenay (3,2 %). Concrètement, 97,4 % des personnes à la recherche d’un poste réussissent à s’insérer sur le marché. Il s’agit d’un quatrième mois consécutif sous le seuil du plein emploi. La vigueur du marché se reflète aussi dans le taux d’emploi qui atteint 68,4 % (-0,4 p.d.p.), une donnée près des niveaux les plus élevés de la dernière décennie et en tête au Canada.
En arrière‑plan, le recul simultané de l’emploi (516 900 postes, -0,6 %) et de la population active (530 800 personnes, -0,6 %) signale un recul proportionnel de la demande et de l’offre de travail. Malgré ce repli du volume de création d’emplois, le taux de chômage demeure à un niveau exceptionnellement bas, ce qui révèle un resserrement toujours marqué et préoccupant de la base de main-d’œuvre, déjà trop limitée pour soutenir la croissance économique et absorber des chocs conjoncturels, notamment internationaux.
La baisse de la demande de main-d’œuvre peut donner l’impression que le marché du travail se normalise, mais la conclusion serait prématurée. Elle s’explique surtout par la baisse du nombre de travailleurs disponibles lors des derniers mois, et non par un réel rééquilibrage du marché. - Rosalie Forgues
Un filet de sécurité qui pourrait se fragiliser
Le marché du travail fait face à un double choc, comme le conflit en Iran renchérit les pressions inflationnistes, tandis que les tensions avec les États‑Unis augmentent l’incertitude et risquent de conduire au report d’investissement. Dans ce contexte, la diversification sectorielle, qui fut longtemps un filet de sécurité quasi acquis, devient un levier exposé aux tensions, mais essentiel pour protéger la croissance économique.
Visualisation des données
Évolution des principaux indicateurs de l'emploi sur un an
Sources : Statistique Canada - Tableau 14-10-0459-01 et Québec International
Le conflit en Iran transmet un choc direct au marché de l’emploi, car en alimentant la volatilité financière et l’inflation dans certains secteurs, il fragilise la confiance, freine l’investissement et finit par peser sur les décisions d’embauche. - Rosalie Forgues
Rosalie Forgues
Économiste
Québec International